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 chapitre 4 Jouanna Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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icare




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MessageSujet: chapitre 4 Jouanna   Ven 30 Nov 2007 - 19:41

Modeste pierre à l'édifice. En espérant que cela vous soit utile...

Arlette Jouanna, le devoir de révolte, la noblesse française et la gestation de l'Etat moderne, 1559-1661, Fayard., résumé des pages 91-116.

CHAPITRE 4 : AUX SOURCES DU MECONTENTEMENT NOBILIAIRE

Les XVI e et XVII e siècles se caractérisent par l'ampleur et la répétition des plaintes nobiliaires. Les nobles évoquent souvent leur ruine et dénoncent les "enfants de Présidents de Paris" qui les dépouillent. Ils se sentent humilier par les gens de robe et les financiers.
La réalité du malaise des gentilshommes ne fait aucun doute. Pourtant, Jouanna rechigne à parler de crise nobiliaire. D'une part le terme de crise est inadapté aux situations longues (deux siècles). D'autre part, les recherches récentes tendent à montrer que cette explication est trop facile et insuffisante. Il est nécessaire de réexaminer le problème du mécontentement nobiliaire.

1) Y a-t-il eu déclin économique de la noblesse ?

Il faut nuancer l'appauvrissement et la perte du pouvoir politique de la noblesse.

A Bayeux et J.B. Wood estiment qu'il n'y a pas de redistribution des richesses au détriment de la noblesse. Il est même possible de dégager un enrichissement entre 1639 et 1666. Il y a bien des ventes de terres nobles mais ce sont souvent des nobles qui les rachètent. Pour J.B. Wood, la noblesse est "gagneuse" sur l'élection de Bayeux.
On constate que de nombreuses monographies sur le Dauphiné, le Béarn et sur le Poitou confirment cette étude. Il semble que les exemples illustrant l'appauvrissement des nobles soient peu nombreux (le Beauvaisis de Goubert ou la Bourgogne de Drouot).
Le stéréotype du déclin des fortunes nobiliaires repose sur trois postulats que Jouanna remet en cause :
- Les rentes foncières diminuent : Soit, mais beaucoup de rentes sont réglées en nature.
- Les guerres : Pour la Beauce, Constant montre que l'appauvrissement est réel pour 40% des nobles. 37 %, cependant, s'enrichissent notamment grâce aux rançons et 23 % restent stables économiquement pendant les guerres.
- Les nobles ont un mode de vie dispendieux : cela ne doit pas masquer de nombreux gentilshommes sont très attentifs à la gestion de leurs biens. De plus, même si de nombreux nobles sont endettés, nombreux sont ceux qui manifestent une capacité à récupérer leur statut économique.

Le duc Henri de Montmorency, gouverneur du Languedoc et connétable de France à partir de 1593, connaît des difficultés financières suite aux dettes héritées de son frère aîné. Son trésorier en 1598 le convainc de vendre une partie de ses forêts. Grâce à ces ventes et au soutien du roi, le budget de Montmorency retrouve son équilibre.

Bref, il serait, en l'état de nos connaissances, hasardeux de conclure par un jugement d'ensemble. Mais il est sûr qu'il faut rejeter désormais l'affirmation d'un déclin économique généralisé de la noblesse aux XVI et XVII e.

2) Le problème de la perte du pouvoir politique nobiliaire

La perte du pouvoir politique paraît plus évidente que l'appauvrissement nobiliaire. Jouanna nuance cependant cette idée.
Les nobles traditionnels, faute de l'acquisition des compétences requises, se sont peu à peu laissés éliminer des cours de justice et de finance dont les éloigne également la diffusion de la vénalité et de l'héritage des offices.


La noblesse de robe se taille une place centrale dans l'administration royale au détriment de la noblesse dite d'épée. Leur prépondérance devient un quasi monopole dès le règne d'Henri IV, puis, après un retour partiel de la haute noblesse sous le ministère de Mazarin, un monopole total à partir de 1661.
Il n'y a que quelques nobles d'épée qui conservent leur position à l'image du Duc de Beauvillier sous Louis XIV qui devient chef du Conseil royal des Finances.

Pour autant, le pouvoir politique ne passe pas forcément par des positions dans l'administration royale. La construction d'un réseau de clients et d'amis permet d'assurer une puissance redoutable. Les cas sont nombreux de conseillers des cours souveraines et même d'intendants appartenant à la clientèle d'un grand.

La clientèle provençale de Louis de Valois, comte d'Alais, gouverneur de Provence de 1638 à 1653, montre qu'y figurent outre un nombre important de gentilshommes :
- 5 évêques.
- l'intendant François Brochart de Saron-Champigny.
- 2 présidents au Parlement d'Aix,
- plusieurs conseillers,
- 1 président de la cour des comptes.
- le lieutenant général de la sénéchaussée de Marseille,
- de nombreux consuls de Marseille, Toulon, Draguignan, Grasse, etc...

On peut retrouver les mêmes mécanismes pour les Condé en Bourgogne.

On peut aussi faire remarquer, fin XVI e , début XVII e, que les intendants sont parfois choisis parmi le personnel administratif des grands q, qui conservent alors avec eux des relations d'amitié.

A plusieurs reprises, les intendants particuliers de Henri de Montmorency deviennent des intendants royaux. Le membre le plus actif du Conseil des affaires provinciales de Montmorency est le Nîmois Louis de Rochemore qui devient intendant du Languedoc en 1616. Les cas où les intendants sont issus du service de la noblesse d'épée se raréfient au XVIIe mais cela n'empêche pas la noblesse d'épée de se faire entendre du Conseil du Roi. Ainsi, Nicolas Girard, trésorier de Montmorency, est expert en l'art de défendre les intérêts de son maître au conseil des Finances du roi.

Les nobles conservent un poids considérable au niveau de l'administration locale notamment dans le domaine des justices seigneuriales.

Tout cela montre avec quelles précautions il faut aborder le thème de la perte du pouvoir nobiliaire. De façon générale, l'idée de déclin de la noblesse est à revoir : sa santé économique est bien meilleure qu'on a pu le croire, et son recul politique, réel, est cependant limité. Elle n'est pas cet ordre laminé par l'histoire qu'on a trop souvent cru voir en elle. L'explication de ses plaintes, n'est pas, ou du moins pas seulement, à chercher dans cette direction.

3) le "malcontentement" structurel

Au sens propre du terme, un « malcontent » est celui qui a à se plaindre d’un ami, d’un maître, d’un fidèle ou d’un client. Compte tenu de la complexité des enjeux, de la difficulté à fournir les services attendus et du fait que ses relations ne sont pas sanctionnées par un écrit, le « malcontentement » fait partie de l’ordre des choses. Bien qu’on pût être malcontent en tant que maître tout comme en tant que fidèle, c’est ce dernier cas qui était le plus fréquent. Un inférieur attendait un certain nombre de bienfaits et pouvait s’en trouver frustrer.


Plusieurs cas de figure peuvent alors se présenter, selon la qualité du distributeur de bienfaits.

Le cas du père de famille : Les fils peuvent devenir malcontents s’ils s’estiment léser par la lourdeur de l’autorité paternelle ou par le partage trop inégal des biens.

Le comte de Candale est jaloux de son frère qui a récupéré les principales charges de son père M. D’Epernon. Il entre en rébellion pour se venger, à la fois contre son père et contre son roi. Après avoir voulu se saisir du château d’Angoulême, il passe dans le camp des réformés et embrasse publiquement leur religion.

Un Second cas de figure peut se présenter en cas de mécontentement provoqué par un maître que l'on a servi et dont on a été mal récompensé. Le secrétaire de La Rochefoucauld quitte son service suite à des propos déplacés tenus par le frère de son maître (d’après les mémoires de Jean de Mergey).

Les mécontentements peuvent prendre les allures d’une affaire d’Etat quand le maître est le roi.

Les facteurs structurels de mécontentement furent aggravés au cours du siècle par des facteurs conjoncturels :

- faiblesse fréquente de l’autorité monarchique, due à l’age, à la santé ou à la personnalité des souverains (minorité de Louis XIII, puis la fragilité de sa santé)
- lié au point précédent, situation de monopole des bienfaits du souverain par un petit groupe de favoris (les Concini et les Luynes sous Louis XIII).
- Le problème religieux.

4) La politique royale à l’égard de la noblesse

Tous les souverains, en dépit des plaintes véhémentes des nobles, ont le souci de maintenir de bonne relation avec leur noblesse. En dépit des gestes de bienveillance, 4 aspects de la politique royale apparaissent comme des constantes relativement fermes :

- Forte volonté de maîtriser le fait nobiliaire, et en particulier de contrôler l’anoblissement. Il fallait pour les souverains détruire la notion, dangereuse pour eux, de noblesse naturelle, et affirmer que la qualité noble ne pouvait être conférée que par le Prince. Ce dessein apparaît en particulier chaque fois qu’il y eut des recherches des faux nobles.

Ex : La grande recherche de 1666-1668 entreprise dans toutes les provinces, entreprise par Colbert, fut le triomphe de cette politique.

- Le deuxième aspect inquiétant pour la noblesse fut l’effort royal, motivé par des situations financières souvent difficiles, de restreindre ses privilèges fiscaux.
- Le troisième aspect fut le dessein royal de transformer le second ordre en une noblesse de service, utile au royaume que ce soit dans le domaine civil ou militaire. Louis XIV ne se contente plus de la naissance. Il demande à ces nobles la compétence militaire ou civile (le mérite).
- La politique royale exige aussi la discipline et l’obéissance des nobles. Cette obligation est imposée par Henri IV, pendant le ministériat de Richelieu et sous Louis XIV. Des exécutions spectaculaires (Biron en 1602, Chalais en 1626, Henri II de Montmorency en 1632, de Cinq-Mars et de Thou en 1642).



Les quatre aspects de la politique royale ne remettent pas fondamentalement l’existence de la noblesse, ni son prestige, ni même son pouvoir. Les directives royales mettent en fait la noblesse en situation de dépendance à l’égard du roi. Ses privilèges ne sont plus naturels mais dépendent désormais de la bonne grâce royale.


Les sacrifices consentis par la noblesse apparaissent à la fois modérés et immenses. Modérés car les intérêts d’ordre des gentilshommes sont préservés mais immenses si l’on se réfère aux mutations politiques. L’écart entre les pertes subies et l’ampleur des plaintes montre que les gentilshommes ont exagéré. La véhémence de la protestation nobiliaire résulte de la conscience qu’à la noblesse d’être au cœur de l’Etat. Quand elle dit que le roi, ou ses mauvais conseillers, veulent la détruire, cela revient à dire que ces derniers souhaitent anéantir les formes traditionnelles de l’Etat. Prendre les armes, c’est défendre le bien public qui se confond avec la cause nobiliaire. Chaque attaque clonbtre le noblesse est perçue par cette dernière comme le prodrome d’une entreprise plus vaste. ; c’est pourquoi il faut crier haut et fort son indignation et c’est pourquoi il faut se révolter.
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